À Cotonou, il existe un lieu qui échappe aux définitions classiques. Ni galerie, ni simple atelier, encore moins musée… et pourtant un peu tout cela à la fois.
Bienvenue à l’Atelier Boko, un espace singulier où l’art se vit, se traverse et se ressent.
Pensé par le plasticien et sculpteur béninois Sébastien Boko et son épouse, l’artiste néo-zélandaise Anna Korver, cet espace ouvre une nouvelle page de la création contemporaine au Bénin.
Un lieu entre art, mémoire et habitation
L’Atelier Boko n’est pas qu’un espace d’exposition. C’est une maison habitée par l’art.
« Ce n’est pas une maison classique, c’est un lieu qui inspire la culture », confie Sébastien Boko.
Conçu sur trois niveaux, le lieu raconte une histoire à chaque étape :
- Le rez-de-chaussée, baigné de lumière naturelle, accueille les œuvres des deux artistes dans une scénographie ouverte et immersive
- Une rampe bleue singulière, signée Anna Korver, fait office de passage artistique, entre connexion intime et élévation symbolique
- Les niveaux supérieurs, plus introspectifs, plongent le visiteur dans l’univers pictural et sculptural de l’artiste
Chaque détail est pensé pour provoquer une émotion, une élévation presque spirituelle.

Une architecture inspirée par les racines
L’Atelier Boko puise profondément dans la mémoire et la culture.
À l’extérieur, la façade intrigue : une peinture blanche parsemée de ronds bleus.
Un hommage direct à la mère de l’artiste, adepte de la divinité Sakpata, dont les rituels au kaolin ont marqué son enfance.
À l’intérieur, six poteaux sculptés soutiennent la structure.
Bien plus que des éléments architecturaux, ils incarnent des symboles puissants : trônes, bas-reliefs, héritage royal.
« C’est la base, le socle même de mon évolution », explique l’artiste.
Ici, l’architecture devient langage culturel.
“Poésie des ancêtres” : sculpter l’invisible
L’exposition inaugurale, Poésie des ancêtres, avait donné le ton.
Entre bois, métal et peinture, Sébastien Boko explore une idée forte : l’humain disparaît, l’esprit demeure.
Ses séries d’Egungun et de Guèlèdè s’éloignent des formes humaines traditionnelles pour tendre vers une abstraction spirituelle.
« J’enlève le physique pour sculpter l’esprit. »
Le résultat est saisissant : des œuvres qui semblent flotter entre deux mondes, entre visible et invisible.
Dans cette même logique, l’artiste questionne aussi notre époque.
Le numérique, omniprésent, devient dans ses œuvres une “béquille” moderne, révélant notre dépendance contemporaine.
Un lieu en devenir
L’Atelier Boko n’a pas encore livré toute son identité.
Et c’est précisément ce qui le rend fascinant.
Maison Boko ? Espace artistique ? Futur musée ?
Le lieu est en construction, dans sa forme comme dans son nom.
Mais une chose est certaine : il s’impose déjà comme un point de passage incontournable pour les amateurs d’art à Cotonou.
Pourquoi il faut y aller
Parce que l’Atelier Boko n’est pas un lieu que l’on visite. C’est un lieu que l’on traverse.
On y découvre :
- une vision contemporaine de l’art africain
- une immersion dans la mémoire culturelle béninoise
- une expérience esthétique et sensorielle rare
Le mot de la rédaction
Avec ce nouvel espace, Sébastien Boko ne crée pas seulement un atelier.
Il propose une vision.
Celle d’un art enraciné, vivant, habité.
Un art qui ne se regarde pas… mais qui se ressent.