Le monde de l’art béninois s’enrichit d’une nouvelle vibration avec « NÚ XÌXÀ », l’exposition personnelle de Sébastien Boko, plasticien et sculpteur reconnu.
Présentée à la Salle d’exposition de l’Institut Français du Bénin (IFB) à Cotonou, cette série inédite marque une nouvelle étape dans la démarche artistique de Boko, qui quitte le volume de la sculpture pour la profondeur symbolique de la peinture.
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Quand le chiffre devient mémoire
Le mot « NÚ XÌXÀ », en langue fon, signifie « compter » ou « calculer ».
Mais ici, Sébastien Boko en fait un manifeste visuel : une exploration poétique du temps, de la langue et de la mémoire collective.
Reconnue pour sa force plastique et spirituelle dans la sculpture, notamment ses séries consacrées aux Amazones et aux Egungun, son œuvre atteint dans cette exposition une nouvelle intensité.
Les chiffres y deviennent chair, corde, pied ou regard.
Ils vibrent, respirent, s’entrelacent dans une scénographie où la peinture dialogue avec la sculpture et où chaque toile raconte une forme d’équation intime.
Le silence éloquent du chiffre-image
Dans NÚ XÌXÀ, chaque œuvre est une formule visuelle :
« Afo Atoon, afo ènin, kan ènin » (cinq pieds + quatre pieds + quatre cordes) évoque 1960, année d’indépendance du Bénin.
« Afodé kanwé noukoun dokpo » (un pied + deux cordes + un œil) désigne 28.
Les « 40 40 compteurs-kô (20) » rappellent la richesse symbolique du comptage fon.
Ces compositions ne sont pas de simples abstractions : elles réactivent un langage ancestral, celui du compte sacré, longtemps transmis par l’oralité et menacé d’oubli.
« Quand j’étais enfant, il était interdit de parler le fon à l’école. Et pourtant, c’est la langue dans laquelle je suis né… Ces contraintes ont nourri ma créativité. » confie l’artiste.
De la sculpture à la peinture : une quête d’essence
Ce passage du sculpteur au peintre n’est pas une rupture, mais une poursuite intérieure.
Ses pinceaux sculptent désormais l’invisible : les émotions, les traces, les échos du passé.
Le bois et le métal cèdent la place à la texture et à la couleur, mais l’intensité reste la même.
Chaque toile est un espace de méditation, une invitation à questionner ce que nous comptons réellement dans nos vies : nos possessions matérielles, ou les richesses immatérielles de notre héritage culturel.
Une exposition à ne pas manquer
Par son approche à la fois spirituelle, linguistique et esthétique, NÚ XÌXÀ s’impose comme l’une des expositions majeures de cette rentrée culturelle.
Entre mémoire et modernité, Sébastien Boko révèle le chiffre comme un langage sacré, une géométrie de l’âme.
À découvrir jusqu’au 31 octobre 2025 à l’Institut Français du Bénin, à Cotonou.