À Cotonou, l’hôtel Royal HNM accueille l’exposition Akotatché, première présentation solo de Léonel Zadji. L’artiste y transforme ce qui est brisé en matière expressive, offrant au spectateur une plongée dans un univers où les fragments conservent les traces du temps et où les surfaces traduisent ce que l’œil capte. Dans cet espace, peinture et éclats de verre se répondent, révélant une mémoire silencieuse et une sensibilité aux détails que seul l’art peut rendre perceptible.
Lire aussi >> Les Atôm Crochus : une exposition vibrante signée ATOM CollectiveL’enfance comme atelier secret
Né à Cotonou, Léonel Zadji a grandi au milieu des pinceaux et des toiles de son père, peintre. C’est dans cet univers d’atelier qu’il découvre très tôt la patience du geste et la puissance du regard. Pourtant, ce n’est pas la surface lisse des tableaux qui le fascine, mais les accidents qui la bousculent. Un jour, en observant une œuvre fendue par un choc, il perçoit dans la cassure une forme de vérité.
Depuis, Zadji compose avec ce hasard. Il fait du verre brisé une matière d’expression, une métaphore du vivant. Chaque éclat porte pour lui la trace d’un passage, d’un souvenir ou d’un lien perdu. L’artiste apprivoise ces fragments avec une précision presque rituelle, transformant la cassure en point de départ d’un récit visuel.
Quand la brisure prend corps
Présentée du 7 Novembre au 7 Décembre 2025 au Royal HNM d’Akpakpa , Akotatché rassemble une quinzaine d’œuvres où les matériaux racontent leur propre histoire. La peinture acrylique, appliquée avec sensibilité, épouse les éclats de verre récupérés, et ensemble ils donnent naissance à des compositions où la tension entre douceur et rugosité crée un rythme visuel captivant.
Le mot Akotatché, emprunté à la langue fon, évoque un retour vers l’origine, un mouvement intérieur vers la source. Le vernissage, organisé en présence de collectionneurs, d’artistes et d’amateurs d’art contemporain, a ouvert l’exposition sur une note de reconnaissance et de curiosité. Zadji y a expliqué sa démarche : retrouver, à travers la matière brisée, une forme de cohérence avec le monde.
Sur les murs baignés de lumière, les œuvres captent et diffractent les reflets ambiants. Les fragments de verre, parfois transparents, parfois colorés, dessinent des silhouettes, des éclats de visages ou des constellations abstraites. L’artiste juxtapose la rugosité de la matière et la douceur du geste pictural, donnant à voir un univers où tout semble prêt à se recomposer.
Akotatché n’expose pas seulement des toiles ; elle met en scène une tension entre fragilité et résistance. La brisure n’est plus trace de destruction, mais passage, transformation, renaissance.
Une traversée entre mémoire et matière
La scénographie du lieu accompagne cette recherche d’équilibre. Les œuvres, espacées et sobres, invitent à une déambulation lente. Le visiteur circule entre les reflets, happé par la vibration des surfaces. Rien n’est figé : le verre accroche la lumière du jour, la renvoie différemment selon l’heure, créant une exposition en mouvement.
Zadji offre ici une expérience sensorielle et introspective. À travers ses compositions, il explore la mémoire collective et personnelle, interroge l’idée d’héritage et la force du geste réparateur. Les verres proviennent de son environnement immédiat des rues de Cotonou, des objets du quotidien transformés par la main de l’artiste en matière poétique.
Avec Akotatché, Léonel Zadji signe une première exposition qui affirme une identité claire : celle d’un artiste qui écoute la matière pour mieux raconter ce qui relie, au-delà de la cassure.