On parle souvent du talent béninois comme d’une promesse. Pourtant, certains ont déjà franchi depuis longtemps le cap du « un jour, peut-être ». Ils cuisinent pour une clientèle internationale, bâtissent des projets entre Cotonou et Paris, exposent dans de grandes scènes artistiques, soignent dans les plus hautes institutions ou font rire des salles entières bien au-delà du pays. Surtout, ils n’ont pas laissé leur origine à la porte. Voici six parcours qui méritent qu’on s’y attarde.
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Georgiana Viou : le Bénin à la table des grands
Il y a quelque chose de particulièrement savoureux dans le parcours de Georgiana Viou. Rien ne la destinait, au départ, à devenir cheffe. Installée en France après avoir grandi à Cotonou, elle étudie les langues étrangères à la Sorbonne avant que la cuisine ne finisse par prendre toute la place.
La suite, on la connaît un peu moins comme une simple succession de réussites que comme une sacrée aventure : concours culinaires, MasterChef, apprentissages auprès de grandes maisons, puis ses propres restaurants à Marseille avant son arrivée à Nîmes.
Aujourd’hui, elle dirige Rouge, restaurant pour lequel elle décroche une étoile Michelin en 2023. Mais sa vraie force ne tient pas seulement à cette étoile. Georgiana a réussi à faire dialoguer la cuisine béninoise, les produits méditerranéens et son propre instinct, sans chercher à choisir entre ses différentes influences. Son livre Le Goût de Cotonou en est une belle illustration, avec des recettes qui parlent de son enfance et de cette cuisine qui l’a finalement rattrapée.
Et aujourd’hui encore, elle continue de faire vivre ce pont entre ses deux univers, notamment avec ses projets au Bénin.
Son talent en une phrase : transformer ses racines en une cuisine qui voyage.
Djimon Hounsou : de Cotonou à Hollywood
Son nom est connu bien au-delà du Bénin. Et pour cause.
Né à Cotonou, Djimon Hounsou arrive en France à l’adolescence avant de prendre progressivement le chemin des États-Unis. Mannequin, puis acteur, il se fait d’abord remarquer dans des clips musicaux avant de décrocher des rôles au cinéma. Amistad, Gladiator, Blood Diamond, In America, Guardians of the Galaxy… sa filmographie parle d’elle-même.
Mais ce qui rend son parcours particulièrement remarquable, c’est sa longévité dans une industrie où les carrières internationales peuvent être aussi rapides que fragiles. Hounsou ne s’est pas contenté de jouer : il est également passé derrière la caméra et s’est intéressé à la transmission de l’histoire et de la culture béninoises. En 2016, il réalise notamment In Search of Voodoo: Roots to Heaven, un documentaire tourné au Bénin autour du Vodun, avec des professionnels américains et béninois.
Autrement dit, Hollywood lui a ouvert une porte. Il a choisi d’en ouvrir une autre en direction du Bénin.
Leïla Adjovi : regarder l’Afrique autrement
Chez Leïla Adjovi, l’appareil photo n’est jamais très loin d’une question.
Journaliste, photographe et plasticienne franco-béninoise, elle a grandi au Gabon et en Afrique du Sud, étudié en France, vécu en Inde et en Nouvelle-Calédonie, avant de travailler notamment pour la BBC à Dakar. Ce parcours déjà très ouvert sur le monde nourrit forcément son regard.
Sa photographie documentaire s’est construite autour des questions sociales, de la mémoire et du patrimoine africain. Elle ne se contente pas de photographier : elle mélange photographie, peinture, dessin et techniques de chambre noire pour créer des œuvres qui laissent volontairement de la place à l’interprétation.
En 2018, elle remporte le Grand Prix Léopold Sédar Senghor de la Biennale de Dakar. Quelques années plus tard, son travail rejoint l’exposition Art du Bénin : de la restitution à la révélation, avec notamment trois œuvres issues de son univers artistique.
Son parcours rappelle quelque chose d’essentiel : raconter l’Afrique ne signifie pas forcément la montrer telle qu’on l’attend. Parfois, il faut simplement changer de regard.
Justin Lewis Dénakpo : quand l’excellence médicale dépasse les frontières
Il est sans doute l’un des profils les moins médiatisés de cette sélection. Pourtant, son parcours mérite largement les projecteurs.
Le professeur Justin Lewis Dénakpo, gynécologue-obstétricien béninois, vient d’ajouter une distinction majeure à plusieurs décennies de travail dans le domaine de la santé. En juin 2026, il a été élu membre correspondant de l’Académie nationale de médecine de France, obtenant plus de 95 % des suffrages selon les informations rapportées après son élection.
Son parcours universitaire et médical l’a conduit à travailler sur des questions liées à la gynécologie-obstétrique et à la santé maternelle. Il est également membre de l’Académie nationale de médecine de France et professeur titulaire de gynécologie-obstétrique des Universités du CAMES.
Cette reconnaissance a une portée particulière : elle rappelle que le rayonnement béninois ne se mesure pas uniquement aux podiums, aux écrans ou aux galeries. Il se trouve aussi dans les amphithéâtres, les blocs opératoires, les laboratoires et la recherche.
Le talent, ici, porte une blouse.
Ola Olayimika Faladé : l’architecture autrement
Avec Ola Olayimika Faladé, l’architecture devient une question de bon sens.
Né à Porto-Novo et formé à Paris, il cofonde en 2014 le cabinet COBLOC avec l’architecte Clarisse Krause. Leur idée : concevoir des bâtiments adaptés à leur environnement, utiliser davantage les ressources disponibles localement et limiter autant que possible le recours aux importations. Le cabinet travaille aujourd’hui entre Cotonou et Paris.
Le projet Sèmè One est un bon exemple de cette philosophie. À Cotonou, le cabinet a transformé un bâtiment existant en campus dédié à l’innovation, en jouant notamment sur la ventilation naturelle, l’ombrage, l’orientation et les performances thermiques.
Chez Faladé, le futur ne signifie donc pas forcément béton, verre et climatisation à tous les étages. Il peut aussi commencer par une question beaucoup plus simple : comment construire intelligemment avec ce que l’on a déjà ?
Edgar-Yves : faire rire sans gommer d’où l’on vient
Et pour finir, un peu de rire. Parce qu’après tout, le talent béninois sait aussi faire salle comble avec un micro.
Edgar-Yves Jr., né au Bénin et élevé entre le Bénin et la France, s’est imposé dans le stand-up français avec un humour direct, énergique et volontiers provocateur. De ses débuts aux scènes françaises jusqu’aux grandes salles, il a progressivement construit un public qui dépasse largement le cercle des spectateurs franco-béninois.
En 2026, il poursuit d’ailleurs une nouvelle tournée avec son spectacle Vigilance. Ce qui fait sa force ? Cette capacité à parler de choses très personnelles, de société, d’identité ou de différences culturelles sans chercher à rendre son humour plus lisse pour plaire à tout le monde.
Et quand il lance sur scène qu’il vient du Bénin, ce n’est pas un détail biographique. C’est une partie de son personnage, de son histoire et de ce qui nourrit son regard.
Six parcours, six univers et, finalement, assez peu de choses en commun à première vue. Une cheffe, un acteur, une artiste, un médecin, un architectes et un humoriste. Pourtant, ils partagent quelque chose : ils ont pris ce qu’ils avaient entre les mains et l’ont emmené beaucoup plus loin. Leur point de départ est béninois. Leur terrain de jeu, lui, n’a clairement pas de frontières.
