Chaque année, à l’approche de la Pentecôte, une même scène se répète : des familles entières prennent la route, parfois après des mois de préparation, juste pour quelques jours à Grand-Popo. Certains économisent longtemps pour être présents. D’autres réorganisent tout leur calendrier. Pourquoi un tel engagement pour une fête ? Qu’est-ce qui pousse autant de monde à revenir, encore et encore, au même endroit, au même moment ? Nonvitcha, ce n’est pas juste un rendez-vous festif. C’est un repère, quelque chose de profondément ancré, qui dépasse le simple plaisir de se retrouver.
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Aux origines : un besoin de se retrouver
Nonvitcha naît en 1921, dans un contexte où les communautés Xwla et Xwéda sont dispersées entre plusieurs territoires. Les frontières coloniales ont laissé des traces : éloignement des familles, perte de repères communs. Il fallait recréer du lien, concrètement.
Nonvitcha qui signifie « serrons-nous » ou « unissons-nous » est bien plus qu’une fête : c’est un rendez-vous identitaire majeur des communautés Xwla et Xwéda. Organisée chaque année à Grand-Popo autour de la Pentecôte, elle connaîtra en 2026 sa 105ᵉ édition, prévue du 23 au 25 mai, et rassemblera comme toujours des milliers de participants venus du Bénin et de la diaspora.
Dès le départ, l’idée est claire : rassembler les membres d’une même communauté, peu importe où ils vivent, renforcer la solidarité entre familles, maintenir des pratiques culturelles communes. Ce n’était pas une fête pensée pour faire de la figuration. C’était une réponse directe à une situation bien réelle. Et c’est sans doute pour cela que, plus de cent ans après, l’événement continue de tenir.
L’ambiance Nonvitcha : ce que les images ne montrent pas toujours
On peut regarder des photos ou des vidéos, voir des défilés bien organisés, des groupes en tenue, des danses. Mais être sur place, c’est autre chose. Grand-Popo change de rythme, presque du jour au lendemain.
Les maisons se remplissent, parfois au-delà de leur capacité. Les salutations s’enchaînent, longues, sincères, répétées. On croise quelqu’un, puis un autre, puis encore un autre. Les groupes en tenue identique ne sont pas juste là pour le style, ils affichent une appartenance, une histoire commune.
Et puis il y a tout ce qui ne se montre pas facilement. Une grand-mère qui reconnaît un petit-fils après des années. Des amis d’enfance qui tombent l’un sur l’autre par hasard. Des jeunes qui mettent enfin un visage sur des noms entendus depuis toujours. Ces moments-là comptent autant que les cérémonies officielles.
Des éditions qui ont marqué et qui font revenir
Certaines éditions restent dans les mémoires, sans forcément qu’on puisse les résumer en une seule raison. Parfois, c’est l’affluence qui impressionne. D’autres fois, c’est la qualité de l’organisation, ou encore la forte présence de la diaspora.
Mais quand on en parle avec ceux qui y étaient, ce ne sont pas les chiffres ou les discours qui reviennent en premier. Ce sont les retrouvailles, souvent inattendues. Les longues discussions qui reprennent comme si rien n’avait changé. Les engagements pris entre proches, sur un ton sérieux ou autour d’un repas.
Il y a aussi ces promesses qu’on se fait : se revoir plus souvent, garder le contact, ne pas attendre une année entière. Et malgré tout, beaucoup finissent par attendre la prochaine édition pour revivre exactement ça.
Diaspora et économie : deux moteurs bien réels
La diaspora joue un rôle central dans la dynamique de Nonvitcha. Beaucoup viennent de loin, parfois au prix de sacrifices importants. Le déplacement demande de l’organisation, des moyens, du temps. Pourtant, ils sont là, année après année.
Leur implication ne se limite pas à leur présence. Ils participent à la préparation, soutiennent financièrement certaines initiatives, contribuent à donner plus de visibilité à l’événement. Ce lien maintenu malgré la distance renforce l’ampleur de la fête.
Dans le même temps, l’impact sur l’économie locale est visible sans effort. À cette période, Grand-Popo tourne à plein régime. Les hébergements affichent complet, les restaurants ne désemplissent pas, les transports sont sollicités du matin au soir. Les vendeurs, qu’ils soient installés ou occasionnels, profitent de cette affluence.
Beaucoup d’habitants s’y préparent bien avant. Certains aménagent des espaces pour accueillir des visiteurs, d’autres augmentent leurs stocks ou adaptent leurs activités. Pour eux, Nonvitcha représente une période clé, parfois déterminante pour l’année.
Garder l’esprit, suivre le mouvement
Nonvitcha n’est pas figée. Les habitudes évoluent, les générations changent, les outils aussi. Aujourd’hui, les jeunes capturent, partagent, diffusent. L’événement circule largement, attire des regards nouveaux.
Mais tout ne peut pas changer. Il y a une base à préserver : le sens du rassemblement, le respect des anciens, l’idée de solidarité concrète. C’est ce qui donne du poids à l’événement.
En parallèle, il faut avancer. Améliorer l’organisation, mieux gérer l’affluence, faciliter l’accueil. Et surtout, faire en sorte que les plus jeunes ne restent pas en retrait. Leur implication comptera dans les années à venir.
Nonvitcha continue d’attirer parce que chacun y trouve quelque chose de personnel. Pour certains, c’est la famille. Pour d’autres, un lien qu’ils refusent de perdre. Pour d’autres encore, une énergie particulière, difficile à expliquer mais facile à ressentir une fois sur place. Peu importe la raison, le résultat est le même : chaque année, ils reviennent. Et pour l’instant, rien ne semble pouvoir casser ce rendez-vous.
