Un pneu qui devient une sculpture. Du vieux fer qui prend une nouvelle forme. Des boîtes de conserve qui quittent la poubelle pour entrer dans une galerie. C’est tout le principe de l’art récupéré : regarder autrement ce que l’on pensait bon à jeter. Et au Bénin, plusieurs artistes en ont fait une véritable matière de création.
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L’art de faire avec ce qu’on a
L’art récupéré, est d’abord une question de regard. Celui qui voit un objet usé et celui qui y voit encore quelque chose à faire.
Le principe est simple : partir de matériaux qui ont déjà servi, qui sont abîmés, abandonnés ou destinés à être jetés, puis les transformer. Fer, pneus, bidons, morceaux de bois, plastique, boîtes, objets du quotidien… Tout peut devenir matière à créer.
Mais l’art récupéré ne consiste pas simplement à réutiliser un objet. L’artiste lui donne une nouvelle fonction, une nouvelle forme et parfois même un tout autre sens. Un morceau de fer n’est plus seulement un morceau de fer. Un pneu n’est plus uniquement ce qui reste d’une roue arrivée en fin de course.
C’est là que la pratique devient intéressante. La matière garde les traces de sa première vie, mais entre dans une nouvelle histoire. Et souvent, le choix du matériau n’est pas anodin. Ces objets parlent de notre quotidien, de notre manière de consommer, de ce que nous jetons et de ce que nous choisissons de garder. Ils peuvent aussi parler d’environnement, de société, de mémoire ou simplement de beauté.
Au fond, l’art récupéré nous pousse surtout à regarder autrement ce que nous avons sous les yeux.
Au Bénin aussi
La récupération n’est pas nouvelle dans la création contemporaine béninoise. Difficile de parler d’art récupéré au Bénin sans penser à Romuald Hazoumè et à ses fameux masques réalisés notamment à partir de bidons d’essence.
Son travail a largement contribué à faire connaître cette manière de créer bien au-delà des frontières du pays. Mais il n’est évidemment pas le seul à s’être intéressé aux objets délaissés. Depuis, d’autres artistes béninois ont développé leurs propres façons de travailler avec des matériaux récupérés.
Et les résultats sont loin de se ressembler. Certains privilégient le métal, d’autres le caoutchouc, le plastique ou les objets du quotidien. Certains cherchent à faire passer un message. D’autres s’intéressent davantage aux formes, aux textures ou aux possibilités presque infinies de la matière.
C’est aussi ce qui fait la richesse de l’art récupéré : il n’existe pas une seule manière de faire. Un même objet peut devenir sculpture chez l’un, installation chez l’autre, voire élément de costume ou de performance.
Voici trois artistes béninois qui en donnent chacun une lecture bien différente.
Trois artistes à découvrir
Charly D’Almeida : Le fer sous une autre forrme
Chez Charly D’Almeida, le fer n’est pas qu’une matière. Il représente pour son art et sa galerie une véritable signature. Né à Cotonou en 1968, l’artiste commence la sculpture au début des années 2000, après une formation auprès du peintre et décorateur de cinéma Joseph Kpobly. Après avoir travaillé le bois brûlé, il s’oriente notamment vers le fer et les matériaux de récupération.
Il les découpe, les assemble, les soude et leur donne de nouvelles formes. Ses sculptures jouent avec les lignes, les volumes et les textures. On y retrouve aussi des références à la culture béninoise et à l’univers du vodun. Avec l’art récupéré, Charly D’Almeida donne ainsi une nouvelle présence à des matériaux qui avaient déjà vécu.
Le métal peut être marqué par le temps, rouillé, tordu ou déformé. Une fois passé par son atelier, il devient silhouette, visage ou corps. La récupération n’efface donc pas l’histoire du matériau. Elle lui permet d’en commencer une autre.
Marcel Kpoho : Le pneu piurr lui est une nouvelle matière
Un vieux pneu, on pense généralement à s’en débarrasser. Marcel Kpoho, lui, a choisi d’en faire une matière de création. Né à Porto-Novo en 1988, l’artiste travaille entre le Bénin et la Suisse. Après plusieurs années dans l’enseignement des mathématiques, il se consacre pleinement à l’art à partir de 2017.
Dans son travail, le pneu usagé est transformé en sculptures et en masques. Une matière très ordinaire devient alors méconnaissable, sans pour autant perdre complètement ce qu’elle évoque. Car le pneu trraduit beaucoup de choses. Il parle de mobilité, de consommation, de nos villes, mais aussi de la quantité d’objets que nous utilisons puis abandonnons.
Le travail de Marcel Kpoho s’intéresse d’ailleurs à plusieurs questions contemporaines, parmi lesquelles l’environnement, les migrations, l’identité ou encore les violences faites aux femmes. Chez lui, l’art récupéré permet donc de partir d’un objet banal pour aborder des sujets qui le sont beaucoup moins.
Benjamin Déguénon : Des objets qui prennent une autre voix
Chez Benjamin Déguénon, les objets récupérés ne sont pas seulement faits pour être regardés. Ils peuvent aussi produire du son. L’artiste s’est notamment intéressé aux boîtes de conserve et à différents matériaux de récupération pour réaliser ses créations. Il explique avoir commencé par la peinture avant de se tourner vers la sculpture, à la recherche d’un autre moyen d’expression.
Les boîtes sont assemblées, transformées et deviennent parfois de véritables instruments ou éléments sonores. Cette approche apporte une autre dimension à l’art récupéré. Le matériau ne sert plus uniquement à construire une forme. Il devient aussi une expérience.
Et c’est peut-être ce qui rend cette pratique si intéressante : derrière chaque objet récupéré, il existe encore des possibilités que l’on ne soupçonnait pas.
Et si tout n’était pas bon à jeter ?
C’est peut-être la première chose que l’art récupéré nous apprend : un objet n’est pas forcément arrivé au bout de son histoire parce qu’on a décidé de le jeter.
Les artistes, eux, prennent le temps de regarder ce qui reste. Une forme. Une texture. Une matière. Une trace. Puis ils cherchent ce qu’ils peuvent en faire.
Au Bénin, cette pratique continue ainsi de trouver sa place dans la création contemporaine. Avec des univers très différents, Charly D’Almeida, Marcel Kpoho, Benjamin Déguénon et bien d’autres montrent surtout qu’il n’est pas toujours nécessaire de partir de matériaux précieux pour créer quelque chose qui mérite qu’on s’arrête.
