Les 22 et 23 août, Ouidah a vécu deux journées comme elle seule sait les offrir. Entre recueillement, retrouvailles et fierté retrouvée, la ville historique a accueilli la Journée Internationale du Souvenir de la Traite Négrière et de son Abolition (JISTNA) 2026, placée sous un thème qui résume à lui seul tout l’esprit de cette édition : « De la Porte du Non-Retour à la Porte du Retour ».
Un symbole fort, quand on sait que Ouidah fut l’un des principaux points de départ de la traite transatlantique. Ici, la Porte du Non-Retour rappelle l’embarquement forcé de milliers d’Africains vers les Amériques. Cette année, la JISTNA a voulu répondre à cette histoire par un geste tourné vers l’avenir : celui du retour, de la reconnexion, de l’appartenance retrouvée.
Cette célébration a été lancée par Madame Corinne Amori Brunet, Ministre des Affaires étrangères chargée de l’Intégration des Afrodescendants. Elle s’inscrit dans une dynamique de mémoire, de transmission et de reconnexion, avec pour ambition de renforcer les liens historiques, culturels et humains entre le Bénin et les communautés afrodescendantes.

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Samedi 22 août : la mémoire en marche
Tout a commencé par la Marche mémorielle du Souvenir, « Nos pas dans ceux de nos aïeux », organisée par CCOM23 sur la Route des personnes mises en esclavage. De 9h à 11h, autorités, acteurs culturels et afrodescendants ont foulé ce même chemin emprunté autrefois par les captifs, dans un silence chargé de sens.
La soirée a offert un tout autre visage à Ouidah, plus vibrant, plus festif : le Festival International de Jazz de Ouidah, porté par le collectif Ouidah Jazz Brotherhood, a illuminé la Maison de la Culture de 19h à 22h. Une manière de rappeler que la mémoire n’exclut pas la joie, et que la culture reste le plus beau des ponts entre les générations.
Dimanche 23 août : sur la plage, entre recueillement et engagement
Le second jour s’est tenu face à l’océan Atlantique, sur la plage de Ouidah, dans un décor où l’histoire semble encore murmurer. La cérémonie officielle d’ouverture a réuni des représentants diplomatiques haïtiens, des autorités béninoises et des délégations afrodescendantes, tous rassemblés autour d’une même volonté : resserrer les liens entre le Bénin, Haïti et les diasporas noires du monde entier.
La conférence inaugurale, animée par le Dr Sylvestre Edjêkpoto, a donné le ton avec « Traiter l’espace-temps du départ pour comprendre le retour ». Les panels qui ont suivi ont creusé des sujets aussi essentiels que sensibles : les récits de retour en terres d’origine, mais aussi les pillages coloniaux et les projets de restitution, avant des échanges ouverts au public.
L’après-midi a pris une tournure plus artisanale et sensorielle avec l’atelier « Tissus des ancêtres », suivi de causeries-débats qui ont prolongé les réflexions de la matinée jusqu’en soirée.
Le moment le plus fort : trois nouveaux Béninois
S’il fallait retenir une seule image de cette édition 2026, ce serait sans doute celle-ci : trois Afrodescendants ont reçu, des mains du ministre de la Justice et de la Législation Yvon Détchénou et de la ministre des Affaires étrangères chargée de l’Intégration des Afrodescendants Corinne Amori Brunet, leurs attestations de nationalité béninoise.

Ce geste s’inscrit dans une politique amorcée par la loi n° 2024-31 du 2 septembre 2024, qui reconnaît la nationalité béninoise aux Afrodescendants pouvant établir leur ascendance subsaharienne liée à la traite. La plateforme My Afro Origins, lancée en juillet 2025, accompagne d’ailleurs les démarches de reconnexion généalogique pour tous ceux qui, à travers le monde, cherchent à retrouver le fil de leurs origines.
Trois personnes, trois histoires, mais un même symbole : celui d’un pays qui ne se contente pas de commémorer son passé, il agit pour réparer un lien rompu il y a des siècles.
Une mémoire tournée vers demain
Cette édition 2026 s’inscrit dans un mouvement plus large, la Semaine Internationale du Souvenir de la Traite Négrière et de son Abolition (SISTNA), qui a déployé depuis le 14 août des activités mémorielles, scientifiques et culturelles entre Allada et Ouidah.
En choisissant le thème du retour, le Bénin envoie un message clair à toute la diaspora afrodescendante : la Porte du Non-Retour n’a plus le dernier mot. Ouidah, terre de mémoire, devient aussi terre d’accueil.
Pour beaucoup, la JISTNA n’est plus seulement une date à cocher sur le calendrier des commémorations. C’est devenu un rendez-vous identitaire, un moment où le Bénin affirme sa place singulière dans l’histoire de la diaspora noire, entre douleur assumée et fierté retrouvée.
Rendez-vous en 2027 pour une nouvelle édition, à Ouidah, sur les chemins de la mémoire.
