Voyager au Bénin sans tout détruire sur son passage c’est possible. Et c’est même en train de devenir une vraie tendance.
Juin arrive avec ses grandes journées mondiales : Environnement, Tourisme responsable, Bicyclette et franchement, ça tombe bien. Parce qu’il est temps qu’on parle sérieusement d’une chose : comment on visite ce pays sans l’abîmer ? Le Bénin regorge de pépites naturelles et culturelles. Mais une pépite, ça s’entretient. Ça ne se piétine pas.
Bonne nouvelle : des acteurs (ONG, gouvernement, communautés locales) ont déjà pris les devants. Et ce qu’ils construisent mérite qu’on en parle.
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Voyager autrement, c’est quoi exactement ?
L’écotourisme, ce n’est pas juste enfiler des bottes et marcher dans la nature. C’est une philosophie de voyage fondée sur trois piliers : la découverte des milieux naturels, le respect des écosystèmes, et le bénéfice direct pour les communautés locales. En clair, partir à la découverte d’un territoire tout en veillant à ce que cette découverte lui fasse du bien et non le contraire. Une approche qui séduit de plus en plus à l’échelle mondiale, et que le Bénin commence à embrasser sérieusement.
Eco-Bénin, 25 ans au service d’un tourisme qui respecte
Impossible de parler d’écotourisme au Bénin sans mentionner l’ONG Eco-Bénin, figure de proue du secteur depuis un quart de siècle. Fondée en 1999, l’organisation a construit un bilan impressionnant : 6 éco-villages fonctionnels et 34 circuits écotouristiques promus sur tout le territoire national.
L’écotourisme est le pilier central des actions d’Eco-Bénin. L’organisation développe et promeut des circuits qui allient découverte culturelle et protection de l’environnement, permettant de générer des revenus pour les communautés locales tout en assurant la préservation du patrimoine naturel et culturel du Bénin.
Parmi ses initiatives phares : des circuits à VTT le long de la Route des Pêches, des séjours immersifs dans des villages traditionnels, ou encore le développement de l’écotourisme autour du Lac Ahémé. Depuis octobre 2005, Eco-Bénin y forme des guides villageois à la conduite de randonnées et à l’interprétation du patrimoine naturel et culturel, permettant aux communautés de générer des revenus alternatifs face à la diminution des ressources halieutiques du lac.
En 2025, pour ses 25 ans, l’ONG a présenté son plan stratégique 2025-2030, intitulé « Nature et communautés résilientes 2030 » un cap clair vers l’avenir. La même année encore, trois nouveaux circuits écotouristiques ont été développés, offrant une immersion authentique dans les richesses culturelles, naturelles et gastronomiques, accompagnés du renforcement des capacités de 100 acteurs du secteur touristique.
Les mangroves : quand la nature reprend ses droits
Autre initiative remarquable : le projet Mangroves Économie, porté également par Eco-Bénin dans le Sud-Bénin.
Les voyageurs sont invités à compenser leurs émissions polluantes via une Action Carbone, comme la plantation de 2 millions de palétuviers autour du Lac Ahémé une initiative visant à fixer les berges au bénéfice des agriculteurs, favoriser la reproduction des poissons pour les pêcheurs, et capter le CO2 pour lutter contre le dérèglement climatique. Le projet vise à améliorer les conditions de vie des habitants des communes de Grand-Popo, Comé et Kpomassè, avec un impact direct de captation de 1 200 tonnes de CO2 par an.
Les grands chantiers de l’État : quand le gouvernement mise sur le durable
L’État béninois ne reste pas en marge. Les parcs nationaux du W et de la Pendjari, situés à la frontière avec le Burkina Faso et le Niger, constituent des atouts majeurs pour l’écotourisme et la préservation de la biodiversité. Leur sécurisation et leur valorisation sont érigées en priorité nationale.
Les premières retombées des actions de rénovation du Parc national de la Pendjari en font déjà la référence en Afrique de l’Ouest, sans oublier l’intérêt que génère la « Route des tatas » également mise en tourisme.
Plus au Sud, la réalisation en cours du projet « Réinventer la cité lacustre de Ganvié » permettra aux populations de disposer d’un cadre de vie mieux assaini (électrification, marchés et habitats améliorés) tout en renforçant l’attractivité touristique du site.
Ces efforts s’inscrivent dans une vision plus large : le Plan stratégique de développement 2025-2029, doté d’un budget prévisionnel d’environ 1,4 milliard de dollars, avec pour objectif de faire du Bénin une destination mondiale de référence à l’horizon 2029 et de porter la contribution du tourisme au PIB de 6 % à 13,4 % d’ici 2030.
Et nous, dans tout ça ?
L’écotourisme ne se décrète pas depuis un bureau. Il se construit aussi dans les choix quotidiens de chaque voyageur. Choisir un guide local plutôt qu’une agence internationale. Séjourner dans un éco-village plutôt qu’un resort déconnecté de son environnement. Rapporter ses déchets. Respecter les espaces protégés. Apprendre deux mots de la langue locale avant d’arriver.
Le Bénin a la chance de disposer d’une biodiversité exceptionnelle, un patrimoine culturel d’une richesse rare, et des communautés prêtes à partager leur territoire à condition qu’on le mérite. Ce juin, à l’occasion des grandes journées dédiées à notre planète, la vraie question n’est pas « où partir ? » mais « comment y aller et surtout sans faire des dégâts ? ».
