On aurait pu passer à côté. Penser que l’humour, c’est juste des sketchs entre amis ou des vidéos qui font rigoler sur les réseaux sociaux. Mais ce qui se passe au Bénin depuis quelques années, c’est autre chose. C’est une vraie scène qui se construit, des talents qui émergent, et un pays qui décide de faire du rire un art et parallèlement une industrie.
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D’abord, les pionniers
Avant de parler de tendances, il faut rendre à César ce qui lui appartient.
Kenneth Yannick est le fondateur du Cotonou Comedy Club, considéré comme le premier show entièrement dédié au stand-up au Bénin. C’était en 2017. À l’époque, lors de son premier show en 2016, il avait fait rire 600 personnes qui ne connaissaient même pas le stand-up. Autrement dit, il a fallu partir de zéro et convaincre un public de s’asseoir pour écouter quelqu’un faire de l’humour seul sur scène. Pas évident.
Dans le même sillage, Judicaël Avaligbé alias Kromozom s’est imposé comme humoriste, comédien, chroniqueur télé et promoteur de grands événements de rire. Très connu grâce à ses vidéos sur les réseaux sociaux, il a fait rire le public de Cotonou à guichet fermé. Lui, c’est le pont entre l’ancienne génération et la nouvelle formé au théâtre, mais parfaitement à l’aise dans les codes du digital.
Le stand-up comme tremplin
Ce qui change vraiment la donne aujourd’hui, c’est l’émergence d’une scène de compétition qui révèle de vrais talents. Depuis 2019, Kromozom et Pacheco organisent le festival Edabô en fon, « au revoir » pour offrir un espace professionnel aux meilleurs humoristes du moment et permettre au public de dire adieu à l’année finissante dans une grande soirée de bonne humeur.
C’est dans ce cadre que des étoiles montent. Le Bénin s’est illustré en Afrique francophone grâce à deux artistes : Venance Jappe et Kady, qui ont respectivement remporté les saisons 2 et 3 de « Mon Premier Montreux » et représenté le pays en Suisse au Montreux Comedy Festival. Kady, de son vrai nom Kadidjath Issotina, a remporté la 3e édition face à 900 candidats venus de toute l’Afrique francophone RDC, Côte d’Ivoire, Cameroun, Gabon, Burkina Faso et Togo. Une performance qui a fait du bruit bien au-delà de Cotonou.
Et la relève ne s’arrête pas là. Sam du Barça, natif de Parakou, a remporté le concours de stand-up du Kromo Stand-Up Show 2024, et a également été sacré lauréat du prix de la découverte et de l’originalité de l’Académie d’Excellence de l’Humour Africain de Dycoco. Une double consécration pour un garçon qui s’est lancé dans l’humour en 2019 et n’a visiblement pas fini de grimper.
TikTok, Instagram et le rire viral
La scène live, c’est bien. Mais les réseaux sociaux, c’est là où tout explose vraiment. À l’avènement du numérique, les jeunes humoristes béninois se révèlent en produisant des contenus web-humoristiques, les réseaux sociaux leur permettant de s’affirmer et d’avoir une audience et des fans.
L’exemple le plus frappant ? Manouton, comédien béninois, a attiré plus de 4,4 millions d’abonnés sur TikTok grâce à ses vidéos comiques et ses danses entraînantes. 4,4 millions. C’est le genre de chiffre qui dit tout sur la puissance du format court pour exporter l’humour béninois hors frontières.
Cotonou, future capitale africaine du rire ?
La tendance la plus forte de ces derniers mois, c’est peut-être celle-là : l’État béninois qui décide de miser sérieusement sur l’humour comme levier culturel et économique. En décembre 2025, Cotonou a accueilli la première édition du Cotonou Comedy Festival né d’une convention signée entre le gouvernement béninois via l’ADAC et le Groupe Jokenation, organisateur du Montreux Comedy.
L’ambition affichée : faire de Cotonou le centre mondial de l’humour africain. Six jours de festival, des masterclasses, des galas, un village du rire ouvert au public et une programmation qui mêle les meilleurs talents béninois aux grandes figures internationales. Qu’il s’agisse de Kady, Pacheco, Elifaz, Sam du Barça, Sergent Markus ou Chef Kromo, le CCF a permis un véritable brassage culturel entre les humoristes du continent.
Ce que ça dit de nous
L’humour n’a jamais été anodin. Il dit quelque chose sur une société, sur sa façon de regarder ses contradictions, ses tabous, ses petites absurdités du quotidien. Quand les Béninois rient de la vie chère, des embouteillages de Cotonou, des relations hommes-femmes ou des travers de l’administration, ce n’est pas juste pour passer le temps. C’est aussi une manière de tenir debout et de se dire qu’ensemble, on peut tout traverser.
Ce qui se passe sur la scène humoristique béninoise n’est donc pas un épiphénomène. C’est un mouvement. Et visiblement, il ne fait que commencer.
